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Le Boubou Africain

Le Boubou Africain

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Le Boubou Africain.

Le boubou est la robe sénégalaise classique, portée par les hommes et les femmes dans toute l'Afrique de l'Ouest et dans les communautés de la diaspora ouest-africaine en Europe et aux États-Unis. Cousu à partir d'une seule pièce de tissu, le boubou a généralement une largeur de 150 cm et une longueur variable. Le style le plus élégant, le grand boubou, utilise généralement un morceau de tissu de 300 cm de long et atteint les chevilles. Traditionnellement, le boubou est fabriqué sur mesure dans les ateliers des tailleurs. Il faut pour cela plier le tissu en deux, former une ouverture dans le cou et coudre les côtés à mi-hauteur pour obtenir des manches fluides. Pour les femmes, le cou est large et arrondi ; pour les hommes, il forme un long V, généralement avec une grande poche à cinq côtés coupant la pointe du "V".


Lorsqu'il est rigidement amidonné et drapé sur le corps, le boubou crée pour son porteur l'apparence d'un magnifique et élégant habit, d'une hauteur et d'une présence majestueuses. Les hommes portent le boubou classique avec une chemise et un pantalon assortis en dessous. Les femmes le portent avec une cape ou un pagne et une cravate assortis.

Tissu, broderie et teinture du boubou
Les tailleurs spécialisés dans la fabrication de boubous investissent leurs compétences dans l'art de la broderie. Le tissu pour ces boubous brodés est le coton damassé, appelé bassin dans les pays francophones d'Afrique de l'Ouest. Bien que le tissu puisse être acheté en couleurs, les connaisseurs préfèrent acheter du tissu blanc et le faire teindre à la main dans des teintes riches par des femmes teinturières travaillant chez elles. Disponible sur les étals des marchés en plusieurs qualités, le damas le plus cher vient d'Europe, tandis que les imitations moins chères viennent d'Asie ou du Nigeria.


Caftan
Une fois le tissu teint, le tailleur crée le motif de broderie avec une petite machine à coudre, soit électrique, soit à pédale. Traditionnellement, la broderie était blanche ou beige, mais dans les années 1970, les tailleurs de Dakar, au Sénégal, ont introduit la broderie colorée. Au début des années 2000, ils rivalisent d'imagination pour créer des motifs complexes et multicolores aux teintes vives pour les femmes. Les hommes continuent à porter des broderies blanches ou beiges, ou bien utilisent des fils de la même couleur que le damas, souvent teints en violet profond ou en vert. L'exception pour les hommes est un boubou blanc volumineux avec une broderie dorée. C'est le costume spécial d'El Hage, le musulman qui a fait le pèlerinage à la Mecque. Il évoque donc la richesse, le prestige et la piété. Comme pour le tissu, les fils de la broderie de prestige sont en soie et viennent de France. Les imitations de polyester sont importées d'Asie.

Parmi les fabrications non brodées, on trouve des résilles de bassin teintes en motifs frappants. Pour les teintures résistantes aux points de couture ou aux cravates, les motifs peuvent être assez grands pour utiliser un seul motif pour tout le boubou, ou assez petits pour exiger des milliers de petits points dans un motif fin et répété. Il faut trois mois à un groupe de femmes pour coudre les points avant la teinture et trois mois pour les découper au rasoir par la suite. Les techniques comprennent également la résistance à l'amidon ou à la cire. Une technique, appelée indigo palmann, utilise l'indigo de manière à teindre le tissu d'une teinte riche et profonde de bronze. Bien que de couleur unie, le boubou palmann indigo est si resplendissant de simplicité qu'il renonce à la broderie. Pour les occasions moins élégantes, les femmes ont des boubous faits d'une impression de cire hollandaise ou d'une imitation d'impression de cire appelée légos.


Changements historiques et géographiques
Le mot "boubou" vient du mbubbe wolof. (Le wolof est la principale langue africaine du Sénégal.) Cette origine linguistique suggère que contrairement aux styles vestimentaires empruntés, comme le caftan arabe et le costume européen, le boubou, comme disent les Sénégalais, a toujours été sénégalais. Dans les pays anglophones d'Afrique de l'Ouest, le boubou a une signification quelque peu différente. Au Nigeria et au Ghana notamment, le buba est une chemise à longueur de hanche, avec des manches faites de morceaux de tissu séparés et cousus au corps. Il est porté sous le long boubou, qui dans ces pays est appelé l'Agbada. Le buba pour homme est également porté seul avec un pantalon assorti appelé sokoto. Les femmes portent le buba avec une cape.



Ce lien linguistique suggère les changements de style historiques que le boubou a subis. Au XIXe siècle, le boubou sénégalais, fait d'un tissu à rayures volumineux tissé à la main, était souvent aussi court que le buba nigérian moderne, bien que sans les manches (voir les croquis de P. David Boilat dans Boilat 1853). Au cours du XIXe siècle, l'utilisation croissante de tissus importés et l'expansion de l'Islam se sont combinées pour mettre à la mode des hommes musulmans le grand boubou, plus long et plus volumineux, qui ressemblait à un caftan arabe. Au début du XXe siècle, alors que les hommes chrétiens des villes commençaient à porter des costumes et que les hommes des classes moyennes urbaines devaient en porter pour le travail, les hommes musulmans ont adopté le grand boubou pour les loisirs et pour les occasions cérémonielles ou religieuses. Les femmes paysannes et ouvrières portaient un grand boubou en tissu uni, importé et tissé en usine. Mais les femmes musulmanes urbaines plus aisées portaient un boubou à la hanche qui mettait en valeur leurs pagnes ( enveloppes ) de riches tissus à rayures tissés à la main ou de fins tissus français importés. Les jeunes femmes chrétiennes adoptent une robe ample à taille haute, appelée boubou à la française (en wolof ndoket).

L'élégant grand boubou pour femmes n'est devenu à la mode qu'après la Seconde Guerre mondiale. À la fin du XXe siècle, les jeunes femmes adoptaient parfois un boubou à la hauteur des hanches ou des genoux comme alternative à la mode et pour des vêtements plus décontractés. Le boubou à la française revient également comme un article de haute couture, nouvellement nommé le mame boye (Wolof pour "grand-mère chérie").

Significations culturelles
Pièce maîtresse de l'habillement classique au Sénégal et dans les pays francophones voisins, le boubou occupe la position symbolique du vêtement le plus basique dans d'autres cultures, comparable à cet égard au blue-jean dans la culture américaine. Comme le blue-jean, le grand boubou sénégalais se voit attribuer une multiplicité d'usages et de significations contradictoires. Il peut convenir à la sexualité ou à la modestie. Il peut atteindre le sommet de l'élégance ou servir un but utilitaire. Un boubou brodé et amidonné, tombant d'une épaule et parfumé d'encens, peut être porté avec des talons hauts, des bijoux en or, un foulard amidonné assorti, noué dans un nœud rachitique, et un maquillage dramatique. C'est la tenue que les jeunes femmes portent pour les mariages, les cérémonies de baptême des bébés et les jours de fête musulmane. C'est aussi la tenue de la Dirriankhe, une femme qui répond à l'idéal sénégalais de beauté séduisante. Elle est grande, sensuelle, et transmet le mystique de l'indépendance et de la richesse. Elle maîtrise l'art de porter le boubou. Mais le boubou est aussi la tenue obligatoire des respectables matrones musulmanes, considérées comme trop vieilles et trop modestes pour porter les pantalons moulants et les jupes à jambes dégagées que portent les jeunes femmes minces. Pour les hommes musulmans, un boubou damassé brodé peut être le summum de l'élégance et du prestige, mais c'est aussi la robe requise pour prier à la mosquée.